"Alice
in the mind with Monsters"
Chaque nouvelle génération,
en art, déplace les frontières. Dans les grandes
images d'Arnaud Grappin - faut-il encore les appeler tableaux,
peintures, illustrations chaotiques ? - tout l'imaginaire
visuel du siècle écoulé semble se donner
rendez-vous, avec, comme des remontées d'acide dans
la tête d'un émule de Giger ou de Georges Lucas,
mille échos de l'histoire de l'art la plus ancienne,
mêlés aux conquêtes futuristes de l'image
virtuelle, du multimédia ou de la 3D.
Un melting-pot onirique, d'un surréalisme spontané,
où la culture techno, le graphe et le tag côtoient
l'art brut ou médiumnique, mais aussi tous les
acquis de l'abstraction (parfois André Masson
ou Kandinsky ne sont pas loin), voire la BD et l'art
forain.
Ou alors dans les portraits plus sages, images plus solides,
plus lentes, les Fauves et Picasso période bleue,
revue couleurs électriques. Le tout hanté d'aperçus
infra-cellulaires et d'anatomies féminines masquées,
d'un érotisme biomécanique.
Improvisées comme de subtiles expériences
du mental, les visions d'Arnaud Grappin sont aussi celles
d'un excellent dessinateur qui, dans ses meilleurs moments,
se joue de la technique pour mieux coller aux variations
infinitésimales d'une sensibilité à fleur
de peau.
Laurent Danchin, Paris, 2000
Ecrivain essayiste |